À quelques jours d’intervalle, le “Liberation Day” de l’an dernier et l’escalade actuelle autour de l’Iran envoient le même signal aux marchés : l’imprévisibilité politique reste un puissant moteur de volatilité.
Mars et avril ne sont décidément pas les meilleurs mois de Trump, d’autant que les démocrates commencent à reprendre la main sur plusieurs fronts, du Texas à Mar a Lago.
Au Texas, les élections locales récentes ont vu des candidats démocrates s’imposer dans des bastions traditionnellement républicains, tandis qu’en Floride, une élue démocrate a créé la surprise en l’emportant dans le fief même de Mar a Lago.
Pour un président qui a fait des marchés boursiers sa métrique politique centrale, voir son camp reculer sur ce terrain symbolique constitue un véritable revers, et renforce l’idée qu’il pourrait être tenté de jouer un “Trump put” pour soutenir les indices.
Sur le terrain, la troisième semaine de conflit ouvert entre les États Unis et l’Iran a fait basculer le choc dans une autre dimension : infrastructures de GNL touchées dans le Golfe, prix du gaz européen quasiment doublés en quelques semaines, et Brent en hausse d’environ 50% sur un mois, désormais bien au-delà des 100 dollars.
Ce n’est plus un simple “headline risk”, mais un véritable choc d’offre énergétique, avec des implications directes pour l’inflation et la politique monétaire.
Paradoxalement, le marché tient mieux que prévu car, depuis l’Ukraine, il a appris à intégrer l’idée inconfortable que la guerre peut devenir une nouvelle norme du régime macro, plutôt qu’un accident isolé.
Les banques centrales ont refermé brutalement la parenthèse d’un assouplissement rapide. La Fed a maintenu ses taux mais laissé entendre que l’inflation restait trop élevée pour envisager des baisses à court terme, et les taux longs américains sont revenus vers leurs plus hauts de l’été dernier.
Au 26 mars, le repli des actions est clairement quantifiable : depuis la fin février, le DAX recule d’environ 12%, l’EuroStoxx 50 et le SMI d’environ 11%, le S&P 500 d’environ 7%, tandis que le MSCI Asia perd près de 10%. Le mouvement traduit à la fois le choc énergétique, la remontée des taux et une réduction rapide de l’appétit pour le risque.
Dans ce contexte, l’or a dérouté plus d’un investisseur. Après des sommets historiques en début d’année, le métal jaune a rendu près de 15% sur le mois, pénalisé par la remontée des taux réels, la fermeté du dollar et l’abandon du scénario de “Fed pivot” rapide. La correction a été renforcée par des facteurs techniques : appels de marge, prises de bénéfices et ventes d’actifs liquides là où il restait encore des gains. Autrement dit, on a vendu là où l’on gagnait, ce qui accentue le mouvement à court terme sans, selon nous, remettre en cause son rôle stratégique dans une allocation de long terme.
Faut-il pour autant parler de rupture de cycle ? Nous restons nuancés. Nous sommes dans une phase de re-pricing rapide, mais pas dans l’effondrement d’un système ; un marché qui a déjà intégré l’idée que les conflits peuvent durer réagit moins violemment qu’auparavant. La vue des investisseurs est aujourd’hui très négative, les positionnements sont devenus nettement plus défensifs, voire franchement short sur certains segments. Dans ce contexte, la moindre bonne nouvelle, un début de désescalade, un geste sur l’énergie, un ton un peu moins agressif des banques centrales ou un apaisement sur le front politique américain, pourrait déclencher un short squeeze massif, comme nous en avons déjà connu par le passé. C’est précisément pour cette raison que nous privilégions la discipline, la sélectivité et la flexibilité, plutôt qu’un désengagement brutal des marchés.