mai 2026

RÉDUIRE, ENCORE en juin…

En avril, nous écrivions que le marché avait déjà explosé à la hausse et que tout ce qui suivrait relèverait du bonus. Nous avons agi en conséquence : nous avons commencé à réduire significativement les expositions, et nous poursuivrons ce mouvement durant les deux premières semaines de juin. Il ne s’agit pas d’un changement de cap, mais de l’exécution du plan annoncé.

Le rally de mai illustre précisément pourquoi cette discipline est nécessaire. Le S&P 500 a progressé de 5% sur le mois, le Nasdaq de 8%. Ces chiffres sont exacts, mais trompeurs. L’indice large avance, mais l’essentiel du mouvement reste concentré sur un nombre très limité de valeurs : la technologie pèse environ 32% du S&P 500, et les dix premières capitalisations représentent désormais près de 37% de l’indice. Nous avons observé exactement cette mécanique avec l’or en début d’année : montée parabolique, récit inattaquable, puis correction rapide lorsque les flux ont tourné. Un rally aussi concentré porte en lui sa propre fragilité.

Sur l’Iran, le marché a rebondi sur l’hypothèse d’un accord. Mais Trump a une horloge électorale et un agenda lisible. L’Iran n’a ni l’un ni l’autre : pas de pression domestique comparable, pas d’échéance, pas de métrique politique immédiate à défendre. Un régime qui n’a rien à perdre à court terme n’est pas un interlocuteur pressé de négocier. Nous traitons donc ce rebond pour ce qu’il est : un mouvement alimenté par un espoir, pas par une réalité diplomatique.

Les chiffres d’avril n’ont pas surpris par leur écart au consensus : le marché attendait 3,7%, le chiffre est sorti à 3,8%. Ce qui surprend, c’est ce qu’ils confirment sur la trajectoire : une réaccélération tendancielle qui ne doit rien au hasard, avec une énergie en hausse de 17,9%. Plus important encore, les économistes professionnels sondés par la Fed de Philadelphie projettent désormais 6% d’inflation pour le deuxième trimestre, contre 2,7% il y a trois mois. Ce n’est donc pas le chiffre d’avril pris isolément qui change la lecture du cycle, mais la séquence qu’il valide. Les données de mai sont attendues le 10 juin, et si elles confirment cette direction, le repricing des anticipations de taux pourrait être douloureux dans un marché qui a déjà intégré le meilleur des deux mondes.

En Europe, la croissance de la zone euro n’a progressé que de 0,1% au premier trimestre 2026, tandis que la France a stagné. Le FMI projette par ailleurs une croissance de 1,1% pour la zone euro en 2026, avec un risque explicite de récession si le choc énergétique persiste. Pour les multinationales américaines exposées à l’Europe, ce ralentissement constitue un canal crédible de révisions baissières des bénéfices, encore imparfaitement intégré par le marché.

Enfin, la transition à la tête de la Fed reste le catalyseur structurel que nous avions identifié dès janvier. Kevin Warsh s’apprête à hériter d’une Fed profondément divisée, le vote d’avril s’est soldé par un 8 contre 4, soit le niveau de dissension le plus élevé depuis 1992, dans un environnement où l’inflation repart et où la pression politique est explicite. L’histoire d’après-guerre est sans ambiguïté : le marché teste systématiquement le nouveau pilote dans les six mois qui suivent sa prise de fonction. Notre objectif de fin d’année à 7 700 sur le S&P 500 reste intact, mais il faut le lire dans son contexte. Depuis le rebond de mai, Goldman Sachs a relevé son target à 8 000, Deutsche Bank et Morgan Stanley font de même, JPMorgan est remonté à 7 600 après l’avoir abaissé à 7 200 en mars, et les cibles les plus optimistes atteignent désormais 8 300. Dans ce concert haussier, notre 7 700 de fin d’année est le plus prudent du lot, et c’est précisément pour cette raison que nous l’assumons. Ces révisions à la hausse ont été formulées après le rebond, sur la base d’un scénario de désinflation et de normalisation géopolitique que nous ne partageons pas. La zone 6 500 reste notre cible de correction intermédiaire avant d’y parvenir, et les niveaux actuels sont une zone de distribution.

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