Après la correction de juillet, notamment dans la technologie et les semi-conducteurs, les marchés ont rebondi au cours du mois d’août. Les résultats de Nvidia ont confirmé la vigueur persistante de la demande liée à l’intelligence artificielle et ont relancé le thème des semi-conducteurs, de la mémoire et des infrastructures de calcul.
Ce rebond confirme en partie notre lecture du mois dernier : la baisse estivale relevait davantage d’un dégonflement de positions trop chargées que d’une remise en cause des fondamentaux de l’IA. Les investissements des hyperscalers restent massifs et la croissance bénéficiaire demeure solide.
Mais ce rebond a également réduit la marge de sécurité créée par la correction de juillet. Le marché est rapidement revenu vers une situation de complaisance, alors même que les risques macroéconomiques, politiques et géopolitiques s’accumulent.
En d’autres termes, le risque n’est pas nécessairement celui d’une baisse immédiate, mais celui d’un marché devenu très sensible à toute mauvaise surprise.
Le premier risque reste obligataire. À Jackson Hole, Kevin Warsh a tenu un discours nettement plus ferme que ne l’espéraient les marchés. Il a rappelé que l’inflation ne ralentissait pas suffisamment, que les conditions financières restaient difficilement qualifiables de restrictives et que la Fed aurait encore « du travail à faire » si elle n’était pas convaincue d’un retour durable de l’inflation vers 2%.
Le risque n’est donc pas uniquement celui d’une nouvelle hausse des taux directeurs. Il est surtout celui d’une remontée persistante des rendements longs américains, dans un contexte de déficits élevés et d’offre massive de Treasuries. Une hausse désordonnée des taux longs pèserait immédiatement sur les actifs les plus chers et les plus sensibles à la duration : technologie, IA, semi-conducteurs, immobilier coté et valeurs de croissance.
Les risques géopolitiques restent également très loin d’être résolus. La guerre avec l’Iran s’installe dans la durée, sans véritable scénario de sortie, et maintient une forte volatilité autour du pétrole. Les marchés semblent s’être habitués au conflit, mais un incident dans le détroit d’Ormuz, une extension des frappes ou une atteinte aux infrastructures énergétiques pourrait provoquer une nouvelle poussée brutale des prix de l’énergie. Le conflit a déjà duré bien au-delà de l’horizon initialement envisagé par l’administration américaine.
À cela s’ajoutent le conflit ukrainien, toujours enlisé, les tensions commerciales et l’incertitude grandissante autour de la politique américaine. À l’approche des élections de mi-mandat du 3 novembre, le risque est que l’administration américaine privilégie des décisions plus imprévisibles ou plus agressives sur les plans commercial, budgétaire, réglementaire ou géopolitique.
Enfin, un risque plus structurel commence à apparaître au cœur même du thème IA. La multiplication des data centers rencontre une opposition croissante de la part des riverains, des associations et de certaines autorités locales, en particulier aux États-Unis. Ces projets sont de plus en plus contestés pour leur consommation massive d’électricité et d’eau, leur pression sur les réseaux, leur impact environnemental et la crainte que les ménages finissent par supporter une partie de la hausse des factures énergétiques.
L’enjeu est important : la croissance de l’IA dépend désormais autant de l’accès à l’électricité, aux réseaux et aux permis de construire que de la disponibilité des puces. La demande mondiale d’électricité des data centers a progressé de 17% en 2025 et devrait continuer à croître rapidement, faisant de l’énergie une contrainte physique et politique du cycle d’investissement dans l’IA. Cette évolution pourrait ralentir certains projets, augmenter le coût des infrastructures et réduire la visibilité sur le rythme de dépenses des hyperscalers.
Nous avons maintenu une exposition prudente depuis plusieurs mois, ce qui nous a permis de préserver notre flexibilité et d’améliorer les performances dans un marché agité. Après le rebond d’août, nous réduisons désormais plus franchement notre exposition aux actifs risqués.
Cette décision ne repose pas sur la volonté de prédire le prochain point de retournement. Elle reflète une lecture plus défensive du rapport rendement/risque : à ces niveaux de sentiment, de valorisation et d’incertitude géopolitique, le marché rémunère insuffisamment une prise de risque élevée. Nous préférons donc aborder l’automne avec une exposition plus mesurée, afin de pouvoir redéployer rapidement le capital si la volatilité crée des opportunités plus attractives.