Janvier touche à sa fin et nos nerfs ont déjà été bien sollicités. Le « choc trumpien » s’est imposé d’entrée de jeu, entre salves répétées sur le dollar, coups de menton sur le commerce international et désormais la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed. Tous les ingrédients d’une telenovela institutionnelle sont réunis : un président très interventionniste sur la politique monétaire, un futur patron de banque centrale au profil bien affirmé et, en arrière‑plan, la question sensible de l’indépendance de la Fed. Il faut s’attendre à vivre au rythme des auditions au Sénat, des indiscrétions dans la presse et des messages contradictoires, avec à la clé des accès de volatilité récurrents sur le dollar, les taux et, par ricochet, les marchés actions.
Dans ce climat plus heurté, nous restons pourtant constructifs pour 2026. Notre scénario central demeure celui d’une croissance mondiale positive, d’une inflation en reflux progressif et de banques centrales qui, selon nous, devront progressivement adopter un ton plus accommodant au fil de l’année. Les chocs politiques provoqueront des secousses régulières, mais ne remettent pas, à ce stade, en cause la tendance de fond favorable aux actifs risqués. Plutôt que de nous retirer des marchés, nous faisons évoluer le positionnement pour mieux encaisser ces mouvements.
Concrètement, nous avons réduit l’exposition au dollar américain, que nous jugeons plus vulnérable dans ce nouveau régime, et renforcé la part en francs suisses afin de stabiliser la valeur des portefeuilles. Nous avons également augmenté la poche de liquidités, non par frilosité, mais pour disposer de munitions en cas de correction : dans un marché dominé par la nervosité et le réflexe « buy the dip », il est crucial de pouvoir intervenir lorsque les replis ouvrent de meilleurs points d’entrée.
Nous avons aussi choisi de diversifier davantage les portefeuilles au‑delà des États‑Unis. En Europe, notre intérêt se concentre sur les bénéficiaires potentiels d’un futur stimulus massif en Allemagne, susceptible de soutenir l’investissement, l’industrie et la transition énergétique sur l’ensemble de la zone. Le Royaume‑Uni et l’Amérique latine ne représentent pas des allocations majeures, mais viennent compléter le dispositif : leurs marchés, riches en minières, valeurs énergétiques et financières, apportent une exposition ciblée à des secteurs que nous considérons comme des satellites naturels de la révolution de l’intelligence artificielle, en fournissant l’énergie, les matières premières et le capital qui alimentent cette transformation.
Cette diversification nous permet de réduire la dépendance aux seules grandes valeurs de croissance américaines, tout en restant alignés avec nos thèmes de long terme.
Pour février, notre approche reste prudente mais optimiste. La faiblesse relative de plusieurs secteurs américains comme la finance ou la santé limite probablement le potentiel de hausse immédiat des grands indices, ce qui plaide pour un mois potentiellement agité et irrégulier. Néanmoins, tant que les niveaux techniques clés tiennent, nous estimons qu’une progression graduelle vers de nouveaux sommets demeure possible d’ici la fin du mois, dans un environnement où les replis devraient continuer d’offrir des opportunités de renforcement sélectif plutôt que des signaux de sortie.